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Entretien avec Drowster – le Moyen-Orient, l’Europe de l’est et l’Inde

Le photographe montréalais @Drowster revient d’un voyage en solo d’un an, dans le cadre d’un projet photographique personnel et nous avions envie de partager son aventure hors du commun. Habité par le rêve de faire carrière dans la photo documentaire, ce voyage l’a amené à capturer la beauté du Moyen-Orient, de l’Europe de l’Est, ainsi que de l’Inde. Il a bien voulu nous parler de son expérience et en quoi ces destinations uniques ont influencé son cheminement personnel.

Son trajet :  Liban – Iran – Irak – Turquie – Géorgie – Arménie – Grèce – Jordanie – Israël – Oman – Inde et Sri Lanka. 

Les montagnes entourants la capitale Muscat – Oman

Pour débuter, pourrais-tu nous raconter comment tu as choisi tes destinations?

J’ai eu envie de me rendre dans cette région en particulier après avoir lu plusieurs romans politiques portant sur le Moyen-Orient. Ces ouvrages soulignent à quel point le Moyen-Orient est une majorité silencieuse, gouvernée par les décisions des dirigeants politiques. C’est ce qui m’a donné envie de découvrir ce peuple de mes propres yeux en documentant le tout avec mon appareil photo.

C’était naïf de ma part de penser que je pourrais y voyager sans connaître personne là-bas, ni les conflits actuels, ni la sociologie moderne. Heureusement, j’ai eu la chance d’avoir un mentor, Aydin, qui m’a guidé à travers mes choix de destinations en me précisant où aller et ne pas aller. Il m’a, entre autres, dit de ne pas me rendre en Afghanistan, ni en Irak et de faire très attention en Iran.

Par la suite, j’ai tout de même décidé de me rendre en Irak, après avoir longtemps discuté avec lui des précautions à prendre là-bas. J’ai aussi décidé d’ajouter l’Inde à mes destinations, étant donné que j’ai été élevé dans cette culture, par une deuxième mère indienne.

Ton voyage t’a fait traverser des frontières peu connues des adeptes de voyages, entre autres celle de l’Irak, de l’Iran, et du Liban. Comment occupais-tu généralement tes journées?

Personnellement, mon plus grand «thrill» est de visiter les endroits où les gens ne vont pas, j’adore me rendre dans des pays où je n’ai pas de références visuelles, dont je ne connais pas la capitale, ni la nourriture, où je connais pas la culture ni les gens. C’est ce qui bonifie l’expérience de voyage,  parce que tu apprends au plus haut niveau et à chaque moment, c’est le voyage à son climax. Ça rend l’expérience autant physique qu’intellectuelle en stimulant tous tes sens et ton savoir.

Rarement je vérifiais quoi faire en arrivant dans une ville, je suivais simplement l’horaire de mes «couchsurfers». Je me levais en même temps qu’eux, puis j’allais déjeuner et je marchais jusqu’à me perdre et ce jusqu’au coucher de soleil. En tout temps, j’avais un compas sur moi et je m’en servais pour me guider, ça ajoute un défi et ça me permet de perdre le contrôle et de ne pas toujours savoir où je m’en vais.

Une famille qui regarde par dessus le mur Kumbhalgarh – Inde

Parles-nous d’un moment où tu as ressenti un choc culturel?

Le premier moment était bref, mais je vais m’en souvenir toute ma vie. Par un concours de circonstances, je me suis retrouvé très près de la zone de guerre au Kurdistan en Irak et on a dû s’arrêter à un «checkpoint» militaire, à 20 km de Mossoul. En descendant de la voiture, j’ai entendu le son d’un vieil homme qui pleurait et hurlait dans un camp de réfugié, tout près. L’homme venait probablement d’apprendre que toute sa famille avait été tuée et que, maintenant qu’il avait tout perdu, il devrait rester dans ce camp de réfugié jusqu’à ce que Daech soit chassé de Mossoul. C’était des pleurs perçants, sans larmes, profonds, je les entends encore parfois.

Le second moment, je dirais que c’est l’Inde tout simplement. Peu après notre arrivé au pays, on est allés voir un film de Bollywood au cinéma et comme on était en avance, on est allé se promener dans la ruelle en arrière. C’était notre première journée en Inde, il faisait 47 degrés et on a croisé deux hommes avec des carcasses de viande sur leur dos : le sang dégoulinait partout sur eux. Cette image combinée à l’odeur du dépotoir en arrière, à la merde par terre et à la température suffocante m’a frappé, je me suis dit : wow bienvenue en Inde! Après ce moment, je savais que je n’avais plus peur de ce que j’allais voir dans les jours suivants.

La citadel de Jahangir à Orchha – Inde

L’heure de la prière à la Mosque King Abdullah I – Jordanie

Tu mentionnes que les seules fois où tu ressens de la peur en voyage, mère nature en est généralement la cause. Peux-tu nous en dire plus?              

J’ai vécu ma plus grande peur dans le parc National de Borjomi, dans l’ouest de la Géorgie. Allant à l’encontre des recommandations des rangers du parc, je me suis rendu au bout d’une piste enneigée et non balisée. Je n’ai pas rebroussé chemin à l’endroit où ils me l’avaient conseillé comme j’arrivais à suivre le sentier grâce aux indications sur les arbres. Je me suis malgré tout rendu au sommet. C’est à ce moment que je me suis aperçu que la piste était fraîchement tapée par des loups et que j’étais seul, loin et isolé. Je suis descendu littéralement en chantant «vive le vent» pour les effrayer. Je n’ai jamais eu aussi peur de toute ma vie.

Le monastère de Tatev – Arménie

Que conseillerais-tu aux voyageurs intrigués par le Moyen-Orient, mais qui n’osent pas s’y rendre par peur de danger?         

Je pense qu’il faut d’abord prendre conscience que les seules façons dont on «connaît» et on entend parler du Moyen-Orient sont par des films qui illustrent le terrorisme et par les médias qui ne diffusent que le négatif de ce qui se passe là-bas. Il faut réaliser que notre vision de cet endroit est biaisée. Effectivement, la plupart des gens classifient cette région en un seul lot, alors que ce sont tous des pays bien différents. Oui, il y a des pays sécuritaires au Moyen-Orient, comme le Liban, Israël, la Jordanie, l’Iran et la Turquie.

On oublie aussi que plein d’inventions qui sont à la base de notre société viennent de là (l’astronomie, l’algèbre, la roue, le temps, l’écriture), que l’Iran c’est Persépolis et que l’Irak c’est la Mésopotamie. Il ne faut pas dénigrer cette région à cause des actes d’une infime minorité.

Un couple qui attend sur une rue d’Amman – Jordanie

On entend beaucoup parler de l’Iran de manière négative dans les médias traditionnels nord-américains, quelles ont été tes impressions sur leur culture, leurs coutumes et leurs habitants?        

C’est un des pays que je trouve les plus authentiques avec le Japon et l’Inde. Ce sont des pays qui ont refusé plus ou moins par choix la globalisation. Par exemple, l’Iran est victime de sanction économique, c’est le seul pays au monde où il n’y a pas d’ATM. Ils ont donc dû trouver un moyen de se développer de l’intérieur, par eux-même sans aide extérieure.

C’est aussi un pays où la classe politique ne représente pas du tout la population. Tous les voyageurs qui ont été en Iran vous diront sans aucun doute que c’est le pays avec le peuple le plus accueillant au monde. Ils ont des valeurs familiales et communautaires très fortes. C’est entre autres pour ça qu’il y a très peu de restaurants là-bas, parce que les gens t’invitent chez eux en famille à la place. Chaque jour, sans exception, je me faisais inviter à prendre le thé chez des gens.

Au niveau du langage, le Persan a la même écriture que l’Arabe, mais ressemble davantage à une langue Latine au niveau de la prononciation. J’ai eu beaucoup de plaisir à l’apprendre.

Iran

On a cru comprendre que la majorité de tes hébergements étaient chez des locaux à travers Couchsurfing. Comment cette plateforme a-t-elle influencé ton voyage?

Ce n’était pas du tout planifié pour moi d’utiliser «couchsurfing», j’avais un budget prévu pour mon hébergement, mais juste avant mon départ, j’ai écouté une video qui a changé la donne. J’y ai appris que faire du «couch surfing» ne signifie pas nécessairement dormir sur un sofa dans un petit appartement macabre.

En fait, il y 12 millions d’utilisateurs sur cette plateforme partout dans le monde et c’est définitivement la manière la plus simple et la plus rapide de rencontrer des gens et de vivre la culture locale. Ça te permet de vivre le pays et non de simplement de le visiter. Effectivement, j’ai eu d’incroyables rencontres avec des gens de toutes classes sociales, de toutes classes économiques, de tous âges et de tous métiers, tel qu’un chirurgien plastique, un directeur d’institut de paléonthologie, un reporteur chinois…

Cela amène aussi une certaine sécurité de savoir que les gens chez qui tu es hébergé sont des membres et donc que tout est archivé et enregistré. Par expérience, c’est beaucoup plus inquiétant de dormir chez des gens que tu rencontres par hasard dans la rue que d’utiliser «couchsurfing».

Il est possible de faire des requêtes publiques et des requêtes privées. Par exemple, en Iran si tu déposes une requête publique, tu reçois mille et une invitations : tout le monde veut t’inviter à souper ou t’héberger, c’est incroyable!  Il est aussi possible d’envoyer une demande directement à une personne dont on aime le profil et qui a des intérêts communs avec toi.

Quelle place prenait les réseaux sociaux durant ton voyage?     

Je considère très peu les réseaux sociaux depuis que j’ai fait un bac là-dessus qui m’a rendu très critique. De plus, en voyage j’aime me déconnecter et passer une semaine sans communication extérieure. Par contre, je reconnais que c’est une excellente manière de trouver des endroits à visiter, où manger et où s’héberger. En regardant un compte qu’on aime sur instagram par exemple, on peut facilement contacter quelqu’un qui habite dans la ville et possiblement le rencontrer une fois sur place.

Des ados s’amusent dans la piscine escalier Toor ji jhalra de Jodhpur lors d’une chaude journée d’été – Inde

Quelles sont les prochaines étapes pour toi? À quoi peut-on s’attendre en te suivant?        

Les photos que j’ai publié jusqu’à maintenant sur Instagram ne représente que 6% des clichés pris durant mon périple. Mon but était de produire du contenu pour mon retour. Ainsi, j’ai créé une trentaine de séries de photos documentaires. Pour les prochains mois, je travaillerai à leur publication sur différents médiums: magazines, web, galeries…

Du 2 au 11 mars, j’exposerai  «You Don’t Know ME» à la galerie Artgang, expo qui illustre le corpus central de mon travail au Moyen-Orient.

Finalement, je continuerai à parcourir le monde et à raconter ses histoires. Ma prochaine destination est le Mexique pour deux mois cet hiver, afin de documenter la culture maya et sa célébration dans la région de Chiapas.

Drowster

Site Web: http://www.drowster.com/

Instagram: @drowster

Facebook: https://www.facebook.com/drowster/

PS : Avec Noël qui approche, si l’une des magnifiques photos de Drowster vous intéresse, il est possible de vous la procurer via la section contact de son site web : ici.

Un train pittoresque qui voyage parmi les plantations de thé – Sri Lanka

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