Off to Places
Amérique Centrale Astuces Inspirations Tous les articles Trending

Huit mois de vélo: joies et apprentissages

Il y a déjà plus de huit mois, nous donnions notre premier coup de pédale. Depuis la Place d’Armes de Montréal, direction, la Plaza de Armas de Lima, à vélo. Les 10 200 kms parcourus jusqu’à maintenant, à travers les 11 pays qui séparent le Québec de l’Équateur, auront été la source d’aventures extraordinaires, d’imprévus, mais avant tout, de leçons et d’apprentissages inoubliables.

Il y a à peine deux ans, jamais nous ne nous imaginions être en train de poursuivre une telle aventure. Le vélo était avant tout un moyen de transport qui facilitait nos déplacements. La réalité de la route occupe désormais sans cesse nos esprits et nos réflexions. Tentons ici de prendre un peu de recul pour évaluer ce qui en ressort.

* Petit tour de ville avec nos vélos, sans bagages, Carthagène, Colombie

Sortir des sentiers battus, à chaque jour

À vélo, le plus exigeant est de s’asseoir sur la selle et de s’élancer. Une fois cette étape derrière nous, il n’y a que la roue avant de la monture entre nous et le bout du monde. Un sentiment de liberté prend immédiatement le dessus.  

Jour après jour, on se déplace un peu plus loin. Juste assez rapidement pour ne pas être pressés par le rythme d’un moteur ou alors pour se sentir au ralenti à la marche. Mais chaque trajet permet d’en voir tant! On s’arrête « entre » les destinations populaires et faciles d’accès. On y découvre des gens et des paysages que l’on ne soupçonnait pas, mais qui ne déçoivent jamais vraiment. Car après avoir mis tant d’efforts et de temps pour y arriver, chaque cyclo-voyageur trouve bien aisément ce qui lui plaît dans chacun de ces lieux. Il le faut bien. Autrement, le temps paraîtrait bien long.

Ainsi, faire le choix de se déplacer à vélo, c’est décider d’explorer à travers le trajet, plus qu’à travers la destination. Bien que ce soit dans la destination que repose une bonne part de la motivation d’avancer, trop focuser sur celle-ci fera justement perdre ceci, le focus sur ce qui nous entoure et mérite toute notre attention. Il faut avoir en tête que nous arriverons à destination lorsque ce sera le bon moment. Que el camino offre bien assez d’opportunités pour mériter de s’y attarder.

Réaliser notre chance à chaque rencontre

Maintenant, il ne suffit que d’un bref regard entre Valentina et moi afin de déterminer à qui de nous deux revient cette fois la chance de répondre aux questions. Parce que jour après jour, et parfois plusieurs fois par jour, on nous aborde plein de curiosité. Le canada, c’est loin! Vous parcourez quelle distance par jour? Combien d’ensemble de pneus depuis le départ? Quelle est la valeur du vélo (pas notre préférée celle-là)? Depuis quand êtes-vous partis? Etc. 

Même si l’envie de répondre n’y est pas toujours, on doit se rappeler que pour la plupart de nos interlocuteurs, ce ne sera que du nouveau. Une façon d’en apprendre plus sur quelque chose qui semblait inconcevable auparavant. Cela nous rappelle à chaque fois le privilège que nous avons d’être ici, par choix, avec nos vélos, nos passeports et nos bagages.

On remarquera, à travers les questions, que le pourquoi de ce choix a souvent peu de sens pour ces gens. Ils se demandent d’où provient notre motivation, ce qui nous pousse à nous rendre si vulnérables si loin de chez nous. La question demeure légitime, nos réalités respectives sont bien différentes. On s’amuse à penser que c’est simplement parce que ces personnes n’ont pas encore essayé de voyager à vélo, même si la réponse est en fait souvent beaucoup moins plaisante et facile.

Une sérieuse épreuve pour le couple…

Voyager à vélo en amoureux, c’est valoriser les forces de chacun et s’y fier. C’est savoir que quelqu’un est présent pour partager la joie d’être là, à cet instant. C’est développer une telle complicité que maintenant, tout va sans dire. Savoir que l’autre est présent pour nous épauler, sans hésiter et avec tout l’amour nécessaire. Puis avant tout, c’est développer un lien puissant qui pourra difficilement se comparer, les expériences partagées étant si intenses.

Mais aussi dommage que cela puisse l’être, la route a brisé de nombreux cœurs et ruiné bien des espoirs. Évidemment, ces bouts d’histoires ne sont pas soulignés à grands traits dans les blogs et comptes Instagram inspirants, mais font bien partie de la réalité de la route.

On s’en rend compte en croisant d’autres voyageurs à vélo. Tandis que pour un couple, le manque de communication aura causé la séparation, pour un autre, ç’aura été la trop grande emprise d’un des deux sur le tout. Sans oublier ces deux amis, dont un seul est encore sur la route, l’autre n’ayant pas assez écouté son corps, le poussant trop vite, trop tôt.

Dans une telle aventure, la portion vélo, c’est la portion facile. Blague (à peine) à part, faire évoluer une relation à travers tant d’épreuves marque un succès bien plus impressionnant que la distance parcourue ou la définition des muscles des mollets. Il s’agira d’avoir fait preuve de patience et de compromis comme jamais auparavant. D’avoir mis assez d’eau dans son vin pour en faire du jus de raisin. Tout escalade rapidement: les joies, les peines et les frustrations. On doit ainsi faire l’effort de régler les pépins et les irritants rapidement, car avancer demande trop d’énergie pour la gaspiller.

Ç’aura été d’accepter que la motivation, la santé et la forme ne seront pas présentes à part égales en tout temps et qu’on avancera moins rapidement que ce qui était espéré. Puis de réaliser avoir été bête ou de s’être comporté de manière individualiste tandis que pourtant, c’est une aventure qu’on a choisi de vivre ensemble.

Puisqu’au fond, l’unique personne qui pourra réellement comprendre sera celle avec qui tout aura été partagé. Cette personne qui, par ses valeurs et sa vision aura donné toute sa saveur au voyage et sa dose d’aventure à cette expérience excitante. Ça, c’est précieux.

La dure réalité de la route

Se déplacer, toujours un peu plus loin, à la force de ses jambes exige d’être prêt à négocier avec l’authenticité des imprévus. Bien qu’on se prépare le mieux possible, outillés de tout ce que la technologie moderne peut offrir, la route réserve toujours des surprises.

Mais avec l’expérience, et après avoir vécu quelques situations problématiques, on développe toutes sortes de trucs, de réflexes et d’habitudes. On gagne en confiance et on sait qu’une solution finira toujours par se pointer le bout du nez.

Le soleil brûle, le vent repousse, la pluie rend inconfortable et la route ne semble jamais assez lisse. Mais au fond, le soleil réchauffe les matins, le vent assèche, la pluie climatise et une route pas tout à fait idéale ralentit les voitures et camions. Tout est question de perspective et on apprend à apprécier les petites choses qui finalement ne vont pas de soi.

Voyager à vélo, c’est aussi…

Entendre, de loin derrière les buissons au bord de la route, une petite fille s’époumoner pour nous saluer, un cafetero nous encourager d’un pouce levé. C’est sentir la solidarité des employés d’un atelier de vélo rudimentaire installé en bordure de route.

C’est être saisi par l’histoire d’un costaricain qui, par deux fois, a illégalement traversé la frontière américaine à la recherche d’un avenir meilleur. Mais qui une fois a failli y passer, lui et les autres clandestins ayant été obligés de rester trop longtemps cachés dans le réfrigérateur du camion qui les transportait.

C’est se faire inviter par un hondurien à passer la nuit chez lui. Parce qu’il veut nous laisser une bonne impression de son pays, mais aussi afin que sa petite fille de 9 ans pratique son anglais et entre en contact avec une réalité différente de la sienne.

C’est prendre un moment pour s’intéresser à l’histoire des femmes qui gèrent la circulation ou vendent des rafraîchissements le long de chantiers de construction en Colombie. Parce que la plupart du temps, on mérite bien une pause et vaut mieux la partager avec elles.

C’est écouter une vieille dame qui, toute sa vie durant, a vécu dans un petit village mexicain et se désole désormais de voir tant de savoir, de traditions et de jeunesse quitter au profit de la modernité.  

Et entendre tant d’histoires hallucinantes racontées en toute honnêteté par les multiples hôtes Warmshowers, ce réseau d’hébergement gratuit pour et par les voyageurs à vélo, au sein de quasi tous les pays traversés.  

Parce que voyager en vélo, c’est aussi recevoir la générosité et l’aide d’inconnus souvent beaucoup moins fortunés que nous mais qui n’attendront rien en retour. À travers tout cela, en être profondément reconnaissant.

L’eau, cet enjeu universel

Nous avions décidé d’aborder l’accessibilité à l’eau potable en tant que fil conducteur du partage de nos aventures sans vraiment savoir comment faire. Ni ce que ça allait donner. On se doutait que nous allions pouvoir aborder ce sujet universel avec des inconnus sans trop de problèmes. Ce n’est pas la politique, l’argent ou le mode de vie. Mais en plus de ne jamais faire face à de la réticence, ces rencontres nous ont permis de justement réaliser que l’accessibilité à l’eau, c’est justement ça : une question politique, d’argent et qui affecte profondément, et de tant de manières, le mode de vie des gens.

Les efforts à déployer, le prix à payer et les sacrifices nécessaires par certains rappellent brutalement que le fait qu’activer le robinet, de boire l’eau qui en sortira et de ne pas vraiment avoir à se soucier d’en manquer est un acquis très précieux. Ceux et celles qui peuvent en profiter auraient tout avantage à l’apprécier à sa juste valeur.

L’ingéniosité que certaines personnes et nombreux villages peuvent démontrer pour accéder à de l’eau potable est saisissante. Ce n’est que quand elle vient ou risque à manquer que son importance capitale se manifeste, puis que des moyens et efforts extraordinaires seront mis en place pour en obtenir ne serait-ce que le nécessaire.

Îles San Blas, Panama

Et la suite?

Il serait prétentieux de notre part d’affirmer que nous sommes des cyclo-voyageurs accomplis, malgré les kilomètres cumulés derrière le guidon. L’envie de rouler est désormais là pour rester. Il y aura toujours une autre route à explorer, un nouvel endroit qui portera l’espoir de la découverte. Des gens aux histoires fascinantes et remplis de bonté se retrouvent partout. Le monde est bien plus grand et diversifié que ce que nous en avons exploré. Notre expérience ne se base que sur une portion des Amériques.

On ne va pas plus loin, mais on avance peut-être mieux en zig-zag qu’en ligne droite. Il nous aura fallu un moment pour s’en rendre compte. Que de disposer devant soi de tout le temps du monde est le plus grand des luxes et que le nombre de kilomètres au compteur ne représente qu’une maigre part de la richesse de l’expérience sur deux roues. Même s’il s’agit d’une statistique qu’on aime mettre de l’avant, tout comme le nombre de pays traversés.

Le voyage à vélo s’offre à tous ceux qui y donneront une chance. Il ne suffit que d’un vélo, de bagages et d’une carte pour partir à la rencontre de la poésie de la route. Peu importe où et peu importe à quelle vitesse. Il ne reste qu’à oser et risquer de ne pas le regretter.

Ne nous reste donc plus qu’à enfourcher de nouveau nos vélos et partir à la découverte du reste du globe. Notre vision du monde continuera à évoluer, mais, nous en sommes convaincus, voyager à vélo demeurera une excellente façon de l’explorer.

Pour en apprendre un peu plus sur le projet de Julien et Valentina, on vous invite à aller s’abonner à leur page Facebook et leur page Instagram.

You Might Also Like...

2 Comments

  • Reply
    Yasmeen
    6 juin 2018 at 7 h 47 min

    Votre histoire est tellement captivante! Merci de nous inspirer à sortir des sentiers battus et s’ouvrir à l’inconnu. Vous êtes réellement beaux à voir!

  • Reply
    Kelp
    17 août 2018 at 15 h 54 min

    😀 merci de partager votre histoire c’est vraiment nice

Leave a Reply