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Se préparer à pédaler de Montréal à Lima

Avant tout, avoir envie de faire un long voyage et de rallier Montréal et Lima en vélo, c’est avoir envie de faire du vélo, beaucoup de vélo. C’est ce que Valentina et moi, Julien, faisons depuis maintenant près de quatre mois et demi et 7 200 km, entre Montréal et Choluteca, au Honduras. Avec un peu de chance et beaucoup de volonté, nous verrons les couleurs de Lima à la mi-juin prochain, neuf mois après le départ. Voici comment tout s’est déroulé avant le premier coup de pédale.

Tout a débuté par une blague, un cri dans les aires lancé lors de notre première expédition de cyclotourisme, un aller-retour entre Montréal et Burlington, au Vermont. Valentina, après à peine 50 kilomètres, était sous le charme de ce mode de voyage que j’avais d’abord proposé. C’est à elle, rêveuse et idéaliste, que revient le mérite d’avoir pour la première fois proposé ce projet fou. Elle m’aura par la suite convaincu, à raison de biens grands efforts.

Le pourquoi partir allait de soi : s’offrir l’incroyable sensation de liberté, de bien-être et d’indépendance qu’offre le vélo, tous les jours, toute la journée. Et faire le choix d’y ajouter le luxe du temps. Car le voyage à vélo est avant tout ceci, une incroyable opportunité de visiter le monde juste à la bonne vitesse, c’est-à-dire lentement, avec l’essentiel.

Aussi, ayant chacun quelques voyages de type sac-à-dos de quelques mois à notre actif, le vélo s’avérait une alternative séduisante pour un voyage plus long et plus en profondeur. En vélo, impossible de ne pas sortir des sentiers battus et des parcours touristiques. La flexibilité et la capacité d’adaptation sont cruciales, car les imprévus et les obstacles sont inévitables. Il faudra s’arrêter dans toutes sortes d’endroits et faire beaucoup de rencontres.

LE PÉROU, MAIS AILLEURS?

Pour nous, la destination allait de soi, il s’agissait d’une manière hors de l’ordinaire de rendre visite à la partie de la famille de Valentina qui réside encore au Pérou. Car pourtant, de très nombreuses régions du monde peuvent être explorées en vélo. Chacun y trouvera son compte, selon les efforts à déployer une fois sur la selle et les autres considérations régionales. Les montagnes offriront les meilleurs points de vue, mais la côte la possibilité de filer à toute vitesse. Les régions plus isolées donneront accès à la nature tandis que les centres urbains abonderont de ressources. Peu de précipitations signifient souvent un soleil brûlant mais la pluie, la fraîcheur. La route pavée amène une douceur de roulement et les sentiers leurs défis techniques. Et ainsi de suite.

En fait, il existe aussi autant de manières de voyager en vélo qu’il existe de destinations. Dans sa pureté, le voyage à vélo demeure accessible à tous. À raison de 30 ou 80 kilomètres par jour, en alternant auto et vélo, en camping ou à l’hôtel, en voulant battre un record du monde ou en n’affrontant aucune côte, ce sont tous des choix personnels. Il ne s’agira jamais d’une course aux kilomètres ou de prouver quoi que ce soit à qui que ce soit, sauf peut-être à soi-même.

Car soyons clairs, nous ne sommes pas des pros du vélo, ni des athlètes. Vous ne trouverez aucun cuissard dans nos bagages, ni même de t-shirt de vélos. Seules nos activités sportives hebdomadaires nous aurons préparés physiquement. Les premières semaines de vélo se seront d’elles-mêmes bien chargées du reste.

Time Square, New York

LA PRÉPARATION

Avec tout cela en tête restait l’étape de la préparation la plus exigeante mais la plus cruciale: prendre la décision de partir. Et assumer tout ce qu’une telle décision implique, soit laisser tomber nos emplois et notre appartement, n’entreposer que le minimum et dire un au revoir plus triste qu’habituellement à nos parents et amis. En parler autour de nous aura permis de saisir l’ampleur de tout cela et d’ajuster le tir. Plus les discussions étaient nombreuses et le temps passait, plus il devenait difficile de tout laisser tomber. C’est en septembre 2016, une année avant d’enfourcher nos montures, que nous avons arrêté notre décision.

Prendre cette décision a été un puissant incitatif pour mettre de l’avant bien des choses qui nous tentaient depuis longtemps et qui s’avéreraient utiles pour le voyage. C’est ainsi que je me suis remis à l’espagnol, que j’ai approfondi mes connaissances en mécanique vélo et que nous avons adapté notre style de vie pour mettre de côté les économies que nous estimions nécessaires.

Désert de Tehuacan, État de Puebla, Mexique

L’ÉQUIPEMENT

Choisir un vélo et tout l’équipement fut un défi complexe. L’univers du vélo est sans fin et dans lequel il est facile de se perdre. Bien qu’une bicyclette demeure simple et magistralement efficace, les possibilités d’assemblage abondent. Les vélos n’ont acquis leurs états définitifs que deux ou trois jours avant le grand départ. Il fallait trouver quelque chose de solide, durable, confortable et capable de nous amener partout. Peu de temps avant de partir, je visitais quasi-quotidiennement les boutiques de vélo de notre quartier, appelant par leur noms vendeurs et mécanos.

De plus, par envie et par soucis d’économie, il était clair que nous allions camper et préparer notre propre nourriture, du moins aux États-Unis. Il fallait trouver le juste milieu entre légèreté, durabilité et accessibilité pour tout le matériel. Une tente un peu trop lourde le sera encore plus lors d’une ascension de plusieurs kilomètres. Il en allait de même pour les matelas de sol, le réchaud, les sacs de couchage, les sacoches pour vélo, tous les accessoires et bien entendu, les vêtements. Des choix parfois déchirants mais aucun que l’on n’a finalement regretté, faisant rapidement sur la route la distinction entre l’essentiel et les besoins futiles.

Réparation d’une crevaison, entre les villes de Monterrey et Saltillo, Mexique

LES RESSOURCES DISPONIBLES

Sachant très bien que ce voyage serait une épreuve avant tout psychologique au cours de laquelle la motivation allait prendre le dessus sur l’effort physique, nous devions nous inspirer et apprendre. Lire des histoires de voyage en vélo sur Le Bon Monde, Crazyguyonabike ainsi que CycloExpédition Americas. En apprendre plus sur le matériel grâce à CyclingAbout puis sur le comment et le pourquoi avec Tom’s bike trip, La Cyclonomade ainsi que les groupes Facebook Bicycle touring and Bikepacking et Cyclotourisme Québec. Tout cela afin de donner une forme plus définitive au puzzle de la préparation. Nous aurons passés des dizaines d’heures à lire, écouter, relire, mémoriser et questionner toute l’information à disposition. Et ainsi afin de se faire à l’idée de ce dans quoi on s’était embarqué. Surtout ça!

On espérait aussi pouvoir compter sur le réseau social WarmShowers afin de faire des rencontres et s’orienter. WarmShowers, c’est en quelques sortes le Couchsurfing des cyclistes. Des cyclistes qui hébergent d’autres cyclistes et sont une ressource inestimable d’informations et de conseils sur la région.

Ainsi, l’essentiel de notre préparation s’est fait devant un écran ou un étalage, et non sur la bicyclette. Ce n’est qu’en juin 2017, que nous nous sommes dirigés vers Rimouski afin de pédaler le tour de la Gaspésie. Quatorze jours et 1000 kilomètres de pratique qui n’avaient d’autre choix que de s’avérer être une expérience stupéfiante. Le point de non-retour était déjà franchi.

Il s’agissait de tester un peu l’équipement, les vélos, et le comment de tout ça. C’était bien plus long et ardue que nécessaire. C’était un premier défi que nous nous sommes donné et qui nous aura très bien préparé pour la suite. Car, en somme, chacun préparera son voyage de vélo de la manière qui lui convient.

PARTAGER NOTRE AVENTURE

Deux roues sur l’eau, notre manière de partager nos aventures via Facebook et Instagram, s’est bâtie dans nos esprits au cours de l’année de préparation. À défaut d’être commandités ou de récolter des fonds pour une cause, c’est en donnant un accent éditorial au partage de notre aventure que nous avons décidé de nous lancer.L’accessibilité à l’eau est un enjeu universel duquel les québécois se distancient un peu trop, mais qui frappe de plein fouet des secteurs et populations que nous allions traverser. On trouvait pertinent de partager ceux-ci et de sensibiliser à ces questions.

Cape May, New Jersey

LES ÉTAPES

A dire vrai, encore aujourd’hui, notre projet nous paraît trop intimidant dans son ensemble. Depuis le début, afin de pallier cette impression intimidante, nous divisons notre aventure en plus courtes étapes. Chaque étape est un succès, un point d’arrêt à partir duquel on se concentre sur ce qui est à venir et rien d’autre. D’abord, Montréal-New York, puis New York-Wilmington, Caroline du Nord et ainsi de suite. Nous savons pertinemment que tant que nous n’aurons pas garoché de joie nos vélos sur la Plaza de Armas de Lima et pleuré quelques larmes, nous n’aurons pas la certitude de pouvoir y arriver.

Et si le tout se solde par un échec, que nous n’y arrivons pas, au moins nous aurons tenté le coup le plus longtemps possible. Personne ne nous en voudra de ne pas être des supers héros de la bicyclette.

Donc, quand est-ce que toi aussi, tu pars faire un peu de vélo? C’est le fun, tu verras.

Campement pour la nuit, Guatemala

Campement pour la nuit, Guatemala

Texte : Julien Croteau Dufour

Photos : Valentina Côté

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